Open / Big Data

Appel

Numéro 3 : revue K@iros

Open / Big Data

 

Coordinateurs :

 

Mohammed-Salah ABAÏDI, enseignant-chercheur, laboratoire Communication et société (EA 4647), Sciences de l'information et de la communication, Mohammed_Salah.ABAIDI@univ-bpclermont.fr

Jean-Pierre CHANET, directeur de l'unité de recherche TSCF, Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture, jean-pierre.chanet@irstea.fr

Julien GUILLAUMOND, enseignant-chercheur, laboratoire Communication et société (EA 4647), civilisation du monde anglophone, julien.guillaumond@univ-bpclermont.fr

Pierre PEYRET, enseignant-chercheur, directeur UMR MEDIS, Université Clermont Auvergne - INRA, pierre.peyret@udamail.fr

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Mots clés : Open data, big data, enjeux, application, e-agriculture, bioinformatique

 

Discipline :

Sciences de l'information et de la communication,

Civilisation

Informatique et biologie

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Ce troisième numéro de la revue K@iros est consacré aux "données" ou "data". Il s'inscrit dans la politique éditoriale de deux disciplines principales et au moins une discipline invitée. Ainsi, les SIC et les Civilisations questionnent les enjeux communicationnels et sociétaux. Pour interroger les défis techniques, environnementaux et biologiques, les systèmes informatiques appliqués à l'environnement, à l'agriculture et à la biologie au travers des approches haut débit de génération des données sont les deux disciplines invitées.

 

Introduction

 

"Nous vivons dans un monde de données". Une telle affirmation n'est en aucun cas surprenante de nos jours. L'évolution des technologies et la numérisation croissante de nos sociétés y ont amplement participé, tout comme les citoyens-consommateurs que nous sommes, acteurs et actrices, souvent bien malgré nous, de cette transformation numérique.

 

Au tout début du 21e siècle, un quart seulement des informations consignées dans le monde existaient sous forme numérique, tandis que les supports papier, films et autres supports analogiques se partageaient le reste. La tendance s'est depuis inversée avec l'informatisation croissante des administrations (dématérialisation des documents administratifs et autres procédures dites en lignes), la constitution de bases de données et de systèmes d'information géographiques ainsi que les services numériques pour n'en mentionner que quelques aspects. De nos jours, ce monde du Big Data où le numérique représente 98% du total des informations (Mayer-Schönberger et Kenneth, 2013) a modifié en profondeur notre rapport aux données, et de nombreux domaines de la  société s'en emparent.

 

Ces masses de données (data ou Big Data) sont dorénavant utilisées pour tout quantifier, laissant davantage de place à la prédiction de problèmes susceptibles d'arriver, par l'analyse algorithmique de milliers et de milliers de jeux de données, afin de les anticiper, qu'à chercher à les expliquer, symbolisant « l'idéologie technique " (Wolton, 2012) qui veut que la technologie permette de trouver des solutions à tous les maux de nos sociétés. L'autre application est tournée vers la vente des produits en ligne, le volet plus commercial des données dont Amazon est l'un des exemples les plus connus.

 

Dans le même temps, une nouvelle manière d'envisager la donnée et la relation aux citoyens s'observe depuis quelques années au regard du passage d'une législation initialement basée sur l'accès aux documents administratifs à une législation basée sur la réutilisation (FING, 2011), sous l'influence d'organisations supranationales comme la Commission européenne, mais pas seulement. La transparence et la protection des données sont aussi devenues des éléments clés. Comme les données sont recueillies en grande quantité à tout moment, dans toutes les activités, comment celles-ci peuvent-elles être protégées ? Les scientifiques se retrouvent souvent en difficulté puisqu'il a toujours été possible dans la culture scientifique de recueillir librement des données afin de les analyser et répondre à des questions de recherche.

 

Enjeux communicationnels et sociétaux

 

Depuis ces dernières années, l'ouverture des données gouvernementales, parfois nommée Open Government Data (OGD), est devenue une composante omniprésente dans nombre de programmes politiques au niveau mondial (Davies et Zainab, 2012). L'Open Data est effectivement devenu une priorité du G8 en 2013, et l'on ne compte plus aujourd'hui le nombre important d'États dans le monde qui ont décidé de mettre en ligne leurs données.

 

Dans un contexte économique, politique et social souvent incertain, caractérisé par une méfiance grandissante à l'égard de l'action publique et, par conséquent, un fossé croissant entre les populations et leurs représentants politiques, l'ouverture des données publiques a dès lors été présentée comme une avancée formidable pour les sociétés contemporaines. Depuis l'apparition du terme, le processus d'ouverture des données a été qualifié de prometteur, tant au niveau politique, économique, scientifique que social, même si l'ordre des priorités pouvait dépendre des stratégies des détenteurs de données eux-mêmes. Si un tel mouvement semble s'être essoufflé depuis quelques années, il n'en demeure pas moins que la libération des données et leur mise à disposition sont toujours présentées comme la possibilité offerte à tout citoyen de suivre les actions de l'État, de proposer des améliorations ou, au contraire, de surveiller les décisions et actions de la puissance publique par l'effet du principe de transparence. Outre l'aspect politique, la libération des données permet aussi de générer de nouvelles activités économiques, sources de richesses et d'innovations techniques. Là encore, il semble toutefois que les résultats se fassent attendre.

Effet de mode ou pas, l'open data est devenu un nouvel indicateur du degré d'ouverture d'un État et de son administration, nouvel étalon de mesure permettant d'évaluer la capacité de la puissance publique à s'approprier les Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) ainsi que le volontarisme technologique de ses responsables politiques. Il semble en revanche plus difficile de percevoir dans quelle mesure la démarche d'ouverture des données publiques s'est muée en une dimension de la stratégie de communication des institutions publiques, complémentaire des autres moyens de communication dont celle-ci dispose, tant au niveau interne qu'externe. Autrement dit, l'engagement en faveur de l'open data, visant à rendre plus transparent le fonctionnement de la puissance publique ne cache-t-il pas des desseins plus communicationnels ? De la même manière, au regard des objectifs de l'Open Data, notamment sa dimension politique (Peugeot, 2011), dans quelle mesure l'ouverture des données offre-t-elle un second souffle au vivre ensemble ? L'ouverture des données publiques peut-elle être considérée comme outil de mobilisation des citoyens au-delà de la petite communauté qui semble l'animer ? Dans quelles mesures cette ouverture peut-elle être source de croissance ?

Quelle est l'importance sociétale (Broudoux et Chartron,2015) et communicationnelle des données ? Quelles sont les applications ? Existe-t-il un déficit de communication autour de l'ouverture des données qui resterait souvent une affaire d'initiés ? Le travail de communication et d'animation relève-t-il de la seule responsabilité des producteurs de données ? Existe-t-il des techniques de communication appropriées, et selon quelles modalités les producteurs doivent-ils agir ? Comment les chercheurs se positionnent-ils sur ce mouvement d'Open Data en tant que producteurs de données scientifiques ?

Dans quelle mesure les entreprises peuvent-elles s'inspirer des initiatives lancées par le secteur public ? Comment les entreprises peuvent-elles être associées pour œuvrer au développement économique lié à l'ouverture des données ? Pour l'instant, les entreprises se sont le plus souvent positionnées sur le versant d'exploitation des données publiques, sous forme gratuite ou payante, et l'offre de nouveaux services. Pour le secteur privé, quelles peuvent être les retombées commerciales ? Un nouveau modèle économique associant le secteur public, les citoyens et le monde de l'entreprise dans la coproduction des données pourrait-il être envisageable ?

Défis environnementaux

 

L'ouverture des données dans le cadre environnemental permet une implication plus large des acteurs : les citoyens ont accès aux données et peuvent aussi être producteurs de données. Par exemple, différentes initiatives permettent de faire un recensement de plantes, d'oiseaux via des applications, permettant ainsi d'avoir une image de la biodiversité. L'ouverture des données permet également plus de transparence sur les impacts des activités sur l'environnement. L'ouverture des données de surveillance du niveau des rivières permet d'avoir des alertes plus rapides et efficaces en cas de crise. Les données de l'agriculture s'ouvrent également peu à peu (Siné et al., 2015). Est-ce que ce phénomène est durable ? Va-t-on assister à une ouverture massive des données agricoles au service de l'innovation (Le Foll et al., 2016) ? Comment cet avènement du numérique modifie-t-il le rapport des agriculteurs, des conseillers à leur travail ? Va-t-on assister à une « ubérisation " de l'agriculture (Fougier, 2015) ?

 

Défis biologiques

 

L'avènement d'approches haut débit, dont le séquençage massif, permettant le décryptage des génomes de nombreux organismes, a conduit à une révolution sans précédent dans les sciences biologiques (Marx, 2013). La génomique, c'est-à-dire l'analyse des génomes, fait partie des quatre plus gros secteurs de production de données au niveau mondial avec l'astronomie, YouTube et Twitter (Stephens et al., 2015). L'acquisition de données biologiques double tous les sept mois conduisant à des défis jamais rencontrés à ce jour tant en terme de production, de stockage, de distribution et d'analyses de ces données. De nouvelles solutions informatiques et bioinformatiques doivent être trouvées pour valoriser au mieux ces données en les rendant facilement accessibles. Des avancées majeures liées à la génération de ces données massives sont d'ores et déjà d'actualité dans de nombreux domaines tels le médical, l'agronomie, l'environnement et les biotechnologies. Ainsi, même si nous ne sommes qu'au tout début d'une révolution biologique sans précédent du fait de la génération de ces données massives, la médecine personnalisée, la description de l'incroyable biodiversité terrestre et de sa valorisation, la compréhension du fonctionnement des écosystèmes et de leurs préservations, mais aussi la découverte de l'origine et de l'évolution du monde vivant deviennent des réalités.

 

Soumission d'une proposition d'article

Proposition

  • Les propositions d'article ne doivent pas dépasser 5000 signes;
  • Elles présenteront le titre, l'axe dans lequel s'insère de façon préférentielle cette proposition, la problématique, la méthodologie adoptée et les principaux résultats qui seront développés.
  • L'intégration d'éléments graphiques, de vidéos, photos, corpus, résultats d'enquêtes, retranscriptions d'entretiens dans les articles est bienvenue.
  • Chaque proposition d'article soumise est accompagnée de 5 mots clés, des noms, ainsi que des affiliations et adresses e-mail de tous les auteurs.

Merci d'envoyer vos propositions par courrier électronique aux coordinateurs :

 

 

La réception de chaque proposition donnera lieu à un accusé de réception par courriel.

 

Les propositions d'articles seront sélectionnées en fonction de leur pertinence scientifique et de leur contribution à l'approche transdisciplinaire du dossier.

Rédaction de l'article

  • Si la proposition est retenue, la longueur de l'article final sera de 30 à 50 000 signes, espaces non compris (ceci inclut les notes, mais exclut la bibliographie).
  • Les articles peuvent être soumis en français, en espagnol, en allemand, en anglais et doivent être accompagnés d'un résumé en français, dans la langue de l'article et en anglais.

Calendrier

  • Date limite d'envoi des articles : 20 janvier 2017
  • Chaque article sera évalué en double aveugle par un comité de lecture indépendant.
  • Notification d'acceptation ou de refus : 31 mars 2017
  • Remise de l'article final : 5 mai 2017

 

Site de la revue : http://kairos.univ-bpclermont.fr/

 

 

Bibliographie indicative :

Évelyne Broudoux, Ghislaine Chartron, BIG DATA - OPEN DATA, Quelles valeurs ? Quels enjeux ? Actes du colloque « Document numérique et société ", Rabat, 2015. De Boeck Supérieur, 2015, 282 pages

 

Chignard, Simon (2012), L'Open data : Comprendre l'ouverture des données publiques, Paris : FYP éditions, 2012.

 

Cole, Roland J., (2012), « Some Observations on the Practice of Open Data as Opposed to its Promise ", The Journal of Community Informatics, vol. 8, no. 2 ,

http://ci-journal.net/index.php/ciej/article/view/920/917, source consultée le 11 octobre 2016.

 

Davies, Tim G. et Ashraf Bawa Zainab, (2012), « The Promises and Perils of open Government Data (OGD) ", The Journal of Community Informatics, vol. 8, no. 2 (2012), http://ci-journal.net/index.php/ciej/article/view/929/955, source consultée le 11 octobre 2016.

 

Davies, Tim (2013) « Open Data Barometer ", Global Report, Open Data Institute and the World Wide Web Foundation's Web, 31 October 2013, page consulté le 21/11/2014, http://www.opendataresearch.org/dl/odb2013/Open-Data-Barometer-2013-Glob...

Deloitte, (2014).

 

de Vries, Marc et Geoff Sawyer, (2012), "About GMES and Data : Geese and Golden Eggs. A study on the Economic Benefits of a Free and Open Data Policy for Sentinel Satellite Data", http://esamultimedia.esa.int/docs/EarthObservation/Open_Data_Study_Final....

 

FING, (2011), Guide pratique de l'ouverture des données publiques territoriales, 2011.

Goëta, Samuel et Clément Mabi, (2014), « L'open data peut-il encore servir les citoyens ? ", in Mouvements, no. 79, pp. 81-91.

 

Fougier Eddy (2015), « Les dangers d'une ubérisation de l'agriculture et de l'agroalimentaire ", Wikiagri.fr, http://wikiagri.fr/articles/les-dangers-dune-uberisation-de-lagriculture-et-de-lagroalimentaire/6731, source consultée le 11 octobre 2016.

 

Gray, J., L. Bounegru, L., Chambers, L., Kayser-Bril, N. Gray, (2013), Guide du datajournalisme : collecter, analyser et visualiser les données, Eyrolles, Paris.

 

Gurstein, M., (2011), « Open Data : Empowering the empowered or effective data use for everyone ?", First Monday, vol. 16, no. 2, février 2011, http://firstmonday.org/article/view/3316/2764, source consultée le 11 octobre 2016.

 

Janssen, Kathleen, (2012), « Open Government Data and the Right to Information : Opportunities and Obstacles ", The Journal of Community Informatics, vol. 8, no. 2 (2012), http://ci-journal.net/index.php/ciej/article/view/952/954, source consultée le 11 octobre 2016.

 

Jeanneret, Yves, (2008), « La relation entre médiation et usage dans les recherches en information-communication. ", Médiations et usages des savoirs de l'information : un dialogue France-Brésil, ICICT-FIOCRUZ.

 

Le Foll, Stephane, Mandon Thierry et Lemaire Axelle (2016), « Stéphane Le Foll, Thierry Mandon et Axelle Lemaire missionnent Jean-Marc Bournigal sur la mise en œuvre du portail de données agricoles ", Communiqué de presse, http://agriculture.gouv.fr/lancement-de-la-mise-en-oeuvre-du-portail-de-donnees-agricoles, source consultée le 09/10/2016.

 

Lohr, Steve, (2011), "New Ways to Exploit Raw Data May Bring Surge of Innovation, a Study Says", New York Times, 13 Mai 2011

 

Maguire, Sean, (2011) « Can Data Deliver Better Government? ", The Political Quarterly, vol. 82, no. 4, 2011, 522-525.

 

Mayer-Schönberger, Viktor et Cukier, Kenneth, (2013), « Big Data: A Revolution That Will Transform How We Live, Work, and Think ", ed. Eamon Dolan / Houghton Mifflin Harcourt.

 

Marx (2013), «Biology: The big challenges of big data", Nature 498, 255-260.

 

Ortmann, Jens, Minu Limbu, Dong Wang, et Tomi Kauppinen, (2011), « Crowdsourcing Linked Open Data for Disaster, Management ", In R. Grütter et al. (éds), Proceedings of the Terra Cognita Workshop on Foundations, Technologies and Applications of the Geospatial Web in Conjunction with the ISWC 2011. CEUR-WS 798, http://ceur-ws.org/Vol-798/paper2.pdf

 

Peugeot, Valérie, (2011), « L'ouverture des données publiques : convergence ou malentendu politique ? ", in Bernard Stiegler, (dir.), Confiance, croyance, crédit dans les mondes industriels, Paris :  Editions FYP

 

Rallet, Alain, (2006), « Une économie de la communication ? ", Hermès, 2006/1, no. 44, pp. 169-177.

 

Rosanvallon, Pierre, (2006), « La Contre-démocratie. La politique à l'âge de la défiance ", Paris : Seuil.

 

Siné, Mehdi, Haezebrouckl, Théo-Paul, Emonet, Emeric (2015). « API-AGRO: An Open Data and Open API platform to promote interoperability standards for Farm Services and Ag Web Applications ", Agrainfomatika / Journal of Agricultural, vol. 6, n° 4, 56-64.

Stephens, Lee, Faghri, Campbell, Zhai, Efron, Iyer, Schatz, Sinha et Robinson (2015), «Big Data: Astronomical or Genomical? ", PLoS Biol, 13(7):e1002195.

 

Wolton, Dominique (2012), « Les contradictions du nouvel espace public médiatisé ", Internet et Politique, coord. Coutant A., CNRS, Paris, pp.  141-160.